nouzille-copie-1.jpgJ'ai lu le livre de Vincent Nouzille « La république du copinage ».

 

C'est un livre passionnant. L'auteur possède une expertise réelle et ancienne sur le sujet, visible notamment par la liste des livres qu'il a déjà écrit sur des thèmes connexes. Et il a mené de nombreux entretiens dont les citations parsèment avec finesse l'ouvrage.

 

Il dénonce le copinage entre puissants : Il dénonce par exemple avec justesse l'activité de lobbyiste chez des personnes ayant un mandat public ! Il critique la « boite noire » que constitue le titre d'avocat ? surtout quand il est pris par des politiques uniquement pour masquer des bénéfices d'origine privés (les avocats ont par rapport aux lobbyistes l'immense avantage d'être déliés de toute obligation de déclaration sur des prestations réalisées) ! 

Travail donc très intéressant?

 

J'ai néanmoins une critique à faire : J'ai été étonné du parti pris par l'auteur. Si certaines dérives du copinage sont édifiantes et doivent être combattues, son insistance à critiquer toutes formes de réseaux pourvus qu'ils soient proches du pouvoir me semble réductrice.

 

Prenons le cas du célèbre réseau "Le Siècle" . Que ce réseau permette une trop forte connivence entre des journalistes politiques et des politiciens est évidemment un travers. Qu'il permette de rapprocher des influenceurs dans des domaines aussi éloignés que la politique, les affaires, le journalisme, la culture, le droit? est un atout. Et ça a été la raison d'être de cette association qui a été créée pour rapprocher des mondes qui se parlent peu. Donc critiquer les dérives : oui. Critiquer le fondement même du réseau : non. 

 

Autre exemple : L'auteur s'attaque au "pantouflage" Il a raison quand cela concerne un homme politique qui par goût du lucre va vendre son carnet d'adresse. Il a tors (du moins il me semble) quand pour changer d'air, un énarque ayant fait toute sa carrière dans la fonction publique décide de découvrir le monde du privé, qu'il était d'ailleurs censé avoir servi durant sa carrière administrative? Personnellement, je serai même favorable à plus de transversalité et à des « stages » obligatoires tous les 5 ans d'un monde vers l'autre. 

 

La dynamique de réseau qui veut que des personnes qui se côtoient régulièrement se fassent confiance n'est pas critiquable. Les ressorts psychologiques et sociologiques qui soutendent les relations humaines sont les mêmes pour les nantis comme pour les plus pauvres. Ces ressorts s'imposent à nous, et mieux vaux savoir les utiliser qu'en être la victime. Que des personnes échangent entre elles et partagent de l'information, est la base même de la création d'intelligence collective. Stigmatiser les puissants uniquement parce qu'ils ont réussis, me semble une résurgence de la lutte des classes. J'imagine que l'auteur a aussi ses réseaux. Et qu'il en use d'ailleurs avec beaucoup de pertinence (voir un précédent article sur la trahison des médias). 

 

Ce qu'il faut combattre c'est la chute vers l'illégalité. Et le travail de Vincent Nouzille aurait été encore plus intéressant s'il avait pu détecter au sein des réseaux qu'il présente, quand et comment se fait le franchissement de la ligne jaune. En quoi notre société actuelle serait propice à ce genre de dérive. Et la place de la France par rapport à d'autres pays voisins. Des questions qui trouveront certainement une réponse dans un prochain ouvrage?

 

Au final, par-delà cette critique (qui aime bien châtie bien) c'est un livre passionnant qui permet d'avancer dans la compréhension des ressorts du copinage entre puissants.

Jerome Bondu

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Voir aussi son site La France des Réseaux